Deuxième partie
Mario G. LOSANO, Les systèmes cybernétiques et le droit : des modèles cybernétiques et sociaux aux modèles juridiques actuels
Cet article se compose de deux parties. La première, publiée dans le numéro précédent de la revue, examinait les origines de l'application du modèle cybernétique aux sciences sociales. La deuxième partie, publiée ici, analyse l'impact de l'informatique sur un domaine spécifique de la société : le droit.
Depuis les travaux de Norbert Wiener (Cybernétique – 1948), la société est considérée comme une structure circulaire ou dotée d'une rétroaction (feedback). Wiener émet des objections de principe contre l'extension du concept de système cybernétique aux sciences sociales. Cependant, les Américains Easton, Deutsch, Etzioni, Beer et d’autres tentent d’appliquer le concept de système cybernétique à la société. Plus tard, cette même idée sera reprise et développée par Parsons et Luhmann. La société est donc conçue comme un système cybernétique au sein duquel le droit constitue un sous-système. Par la suite, cette vision de la société s’est imposée dans une Europe divisée et a suivi deux voies de développement différentes de part et d’autre du « rideau de fer ». On peut ainsi analyser les théories de l’Italien Vitorio Frosini, du Français Lucien Mehl, du Suisse Ballweg, des Autrichiens Land et Reisinger et, enfin, de nombreux Allemands de l’Ouest (Fiedler, Kilian, Klug, Podlech, Philipps, Simitis, Steinmueller). En Europe communiste, la vision cybernétique du monde a rencontré certaines difficultés, compte tenu de la doctrine officielle du matérialisme dialectique, mais malgré celles-ci, le Polonais Kisza, le Tchèque Knapp et l’Allemand de l’Est Klaus ont élaboré des théories remarquables. L'application de plus en plus fréquente de l'informatique dans le domaine du droit nous oblige à passer en revue les techniques actuelles (telles que l'analyse des procédures juridiques, l'intelligence artificielle, les systèmes d'expertise, etc.) afin de vérifier dans quelle mesure la théorie et la pratique informatiques les plus récentes peuvent transformer le monde juridique traditionnel.